Relecture-correction : une école d’humilité

Il y a quelques jours, un client ayant reçu un devis de conception et de réalisation éditoriales de FacTotum éditions me demande de supprimer le poste de relecture-correction. En effet, me dit-il, le tapuscrit a été relu par mes soins, par mon épouse (qui, me précise-t-il, est bonne en orthographe), ainsi que par un professeur d’Université. Alors, poursuit-il, vous comprenez, il n’y a plus de faute dans le texte, et comme le coût de ce poste est un peu élevé, on va en faire l’économie.

J’ai pris connaissance du tapuscrit, quelques pages au hasard : évidemment, chaque feuillet s’est rougi de coquilles soulignées, d’espaces manquantes ou surnuméraires, de capitales en trop, d’anacoluthes et de fautes d’accord… Pour chaque page, une vingtaine de coquilles orthographiques et orthotypographiques, les marges sont raturées de remarques, de suggestions d’harmonisation et de signes de correction. Ni plus ni moins qu’à l’ordinaire au demeurant : simplement l’état normal d’un tapuscrit, relu par son auteur, par ses amis ou ses collaborateurs, qui entre dans la phase éditoriale du processus de publication.

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Ça n’est pas honteux, ça n’est pas indigne : la relecture-correction, c’est une école d’humilité. L’un de mes amis se trouve être l’un des meilleurs relecteurs-correcteurs de France. Il a, de la langue française et de l’orthotypographie, une connaissance encyclopédique, minutieuse – je dirais presque, si la perfection était de ce monde, exhaustive. Par ailleurs auteur pour la jeunesse, il fait relire et corriger ses ouvrages : mieux que quiconque, il sait la nécessité et la valeur de cette mission, effectuée par un professionnel expérimenté.

La relecture-correction pour l’édition est un métier : un professeur de lettres, fût-il d’Université, n’est pas un relecteur-correcteur, pas plus qu’un cruciverbiste chevronné ou un aficionado des dictées de Bernard Pivot… Chasser la coquille dans la jungle d’un tapuscrit de 200 000 signes et espaces ne s’improvise pas. Et la relecture-correction ne concerne pas seulement l’orthographe, elle concerne aussi l’orthotypographie, une étape de la chaîne de production éditoriale trop souvent négligée.

 

Les compositeurs typographes, penchés sur leurs planches, ont consacré des siècles à mettre au point, choix de casses après choix d’italiques, des règles de mise en pages et de composition avec un seul objectif : améliorer toujours la lisibilité des textes et leur compréhension par le lecteur, fluidifier toujours la lecture par le cerveau. Empiriquement, ils sont parvenus à des solutions visuelles et cognitives aujourd’hui confirmées par la neurobiologie.

Pourquoi la lecture de tel livre vous donne des maux de tête et pas tel autre ? Pourquoi, dans tel roman, devez-vous relire deux fois la même phrase pour comprendre le propos alors que le même récit, dans une autre édition, vous semble finalement clair et plaisant à la lecture ? C’est probablement que votre cerveau et vos yeux se fatiguent inutilement à recomposer un texte mal traité typographiquement, à relier des coupes et des césures mal gérées… Le relecteur-correcteur aplanit la route du lecteur à venir !

 

Un site excellent sur le quotidien du correcteur-relecteur : le blog des relecteurs-correcteurs du Monde.

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