« Perdre son abri dans l’être », avec Pierre Benoit

« Je fais cas d’un philo­sophe dans la mesure où il est capable de fournir un exemple. »
Frie­drich Nietzsche, Consi­dé­ra­tions inac­tuelles.

nous-eleve-pierre-benoitQue vaut une philo­so­phie qui n’est pas incarnée et vécue ? Que vaut une pensée qui ne fonc­tionne que dans le monde des idées ? Que vaut un philo­sophe inca­pable de mettre en œuvre ses prin­cipes ?
Pour Nietzsche, c’est simple et défi­nitif : ça ne vaut rien.
Ce critère de l’exemplarité vécue, c’est le coup de massue que Nietzsche assène aux bavards de salon, aux méta­phy­si­ciens à tour d’ivoire, aux gourous beaux-parleurs : un bon gourdin qui assomme les char­la­tans, qui brise les vaines idoles…
C’est l’éclat de rire nietz­schéen qui dévoile d’un coup le sophiste : le philo­sophe est nu !

Pierre Benoit, lui, a fait de sa vie une pensée qui s’actionne, une pensée qui se cherche et s’expérimente au quoti­dien. Ensei­gnant au Maghreb, en Afrique et en France, c’est la ques­tion de la frater­nité qui s’est très tôt posée à lui et ne l’a jamais quitté : comment créer les condi­tions philo­so­phiques et spiri­tuelles pour vivre ensemble sans recourir à l’autorité ? Comment inventer un ensei­gne­ment qui ne soit pas seule­ment de savoirs, mais de savoir-être, de savoir être avec les autres ? À l’école comme dans la cité, comment vivre ensemble sans se détruire mutuel­le­ment ?

Dans ce chemi­ne­ment intel­lec­tuel, chaque pas est une réflexion et l’expérience de cette réflexion. À rebours des construc­tions idéo­lo­giques hautaines et tota­li­santes, son ouvrage, Nous élève, est l’humble récit de ces tâton­ne­ments, de ce chemi­ne­ment qui ne sépare jamais l’idée et l’être, la réflexion et le réel. D’où cette écri­ture icono­claste – parfois même décon­cer­tante, quand l’idée se niche dans une anec­dote minus­cule de la vie quoti­dienne –, mêlant histoire person­nelle, expé­rience profes­sion­nelle et réflexion philo­so­phique.

« Sortir de soi, c’est un risque, car je perds alors, comme le dit Lévinas, mon “abri dans l’être”. Mais même si je ne choisis pas la frater­nité pour être récom­pensé, faire le premier pas vers l’autre apporte tout de même, clai­re­ment, deux “récom­penses”.

La première : dans un monde où chacun a peur de l’autre et attend de voir sa réac­tion pour sortir de sa bulle et oser se mani­fester, atten­dant un signe positif de l’autre, j’expérimente la force d’être celui qui prend l’initiative. J’avance sur ma peur et j’en suis vain­queur. »

Il s’agit pour lui de penser l’idée de frater­nité tout autant que de la vivre et de se faire fraternel. La frater­nité n’est pas une abstrac­tion, c’est une gymnas­tique philo­so­phique, un exer­cice spiri­tuel. Il s’agit de se travailler comme un céra­miste travaille l’argile : de se modeler en frater­nité, à l’image de Chiara Lubisch, de Nelson Mandela ou de Gandhi.

Nous élève, à l’école simple de la fraternité, de Pierre Benoit
10 euros, 96 pages, 13 X 18,5 cm
ISBN : 978–2-9548002–0-2
Édition déléguée : FacTotum éditions

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