Lignes courbes, faux carrés ou L’œil sait”, de Dominique Autié

Ci-dessous un texte de Dominique Autié,
publié sur son blog il y a presque dix ans.
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Les réflexions suivantes s’appuient sur la présence, dans les maquettes contem­po­raines, d’illustrations courant sur deux pages qui se font face. J’y ai fait allu­sion dans une chro­nique récente :

Regardez bien : j’ouvre le livre et c’est comme si je cliquais, les dino­saures surgissent de l’écran. L’éditeur qui a comman­dité cette mise en page est un véri­table homme du livre. Il sait qu’un livre ouvert n’est pas, ne peut pas être une surface plane, unie. Il m’arrive encore de ferrailler pour défendre qu’il est vain de repro­duire les images qui courent sur deux pages unique­ment sur des vraies doubles, en centre de cahier : même si j’aplatis le volume, je verrai toujours le pli et, en plein centre, le fil blanc qui émerge par deux fois. En revanche, si je consi­dère qu’un livre est un objet en trois dimen­sions (dans ma main, sous mon regard), peu m’importe qu’une partie de l’image dispa­raisse dans l’ombre des petits fonds : l’œil corrige, restitue l’image – l’œil passe son temps à corriger, à inter­préter les pers­pec­tives, les fuites, les angles morts. Ici, cet agen­ce­ment a été mis à profit pour dyna­miser le saut des tyran­no­saures. C’est simple, sans esbroufe, et ça marche !

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Faux ami : on nomme volumen le rouleau, qui a précédé le codex. Le codex est un volume, le volumen est un support en deux dimen­sions – qu’on rapproche trop faci­le­ment, me semble-t-il, des effets de l’échelle de navi­ga­tion dérou­lante sur l’écran de nos ordi­na­teurs. Le livre (le codex) appelle la main, le corps. Sa troi­sième dimen­sion n’est pas disso­ciable de l’acte de lecture tel que nos muscles, notre peau, nos nerfs en connaissent la posture.

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