Index expurgatorius, Index librorum prohibitorum juxta exemplar romanum jussu sanctissimi domini nostri

Oui, c’est un très long titre – et en latin en plus – pour un article Internet. Autant dire que pour le réfé­ren­ce­ment Google, c’est très mauvais. C’est pour­tant le nom complet de ce que l’on connaît plus commu­né­ment comme l’Index de l’Église catho­lique.

En 1559, en effet, l’Église publie pour la première fois, à la demande de l’Inquisition, une liste d’ouvrages inter­dits.

Résultat du Concile de Trente, réuni afin de répondre à la réforme protes­tante, l’Index s’étend bien au-delà des seuls ouvrages luthé­riens ou calvi­nistes : y sont listés tous les ouvrages qui, d’une manière ou d’une autre, sans d’ailleurs forcé­ment prôner l’hérésie, contiennent une idée ou une théorie contraires à la morale ou à l’astronomie catho­liques.

Les livres qui libèrent

Il est diffi­cile de ne pas voir dans cette nouveauté la consé­quence de l’invention de l’imprimerie. La diffu­sion des idées était aupa­ra­vant contrôlée de fait par l’Église, simple­ment par les modes de produc­tion : acti­vité manuelle requé­rant une certaine éduca­tion ainsi qu’un temps infini, la copie des manus­crits était assurée, en nombre évidem­ment limité, par les moines copistes.

L’imprimerie révo­lu­tionne le mode de produc­tion des livres et provoque une explo­sion de publi­ca­tions, telle que l’humanité n’en avait jamais vu : ateliers légaux et clan­des­tins fleu­rissent partout en Europe, multi­plient les impres­sions et diffusent idées et connais­sances à une vitesse verti­gi­neuse (pour l’époque…) !

C’est la fin du contrôle de fait de l’Église sur les livres par les limites du mode de produc­tion manuelle. L’Index est bien la réponse réac­tion­naire (au sens du refus de la réalité et du présent ainsi que d’un souhait illu­soire d’un retour au passé et au mode de produc­tion anté­rieur) de l’Église face à cette libé­ra­tion foison­nante des idées.

Index et Decodex

L’irruption d’Internet dans les foyers à la fin des années 1990 a entraîné les mêmes effets : libé­ra­tion d’une parole popu­laire, démo­cra­tique, notam­ment avec le web 2.0, qui brise le mono­pole des médias tradi­tion­nels sur la diffu­sion des idées, des connais­sances et des infor­ma­tions.

Comme avec l’imprimerie, cette libé­ra­tion est assez chao­tique et, dans cette prise de parole hori­zon­tale, encore accen­tuée par les réseaux sociaux, on trouve de tout. Le meilleur et le pire, le vrai, le faux, le n’importe quoi. Mais c’est le risque inhé­rent de toute démo­cratie…

Et comme le concile, auto­rité suprême de l’Église, l’avait fait en son temps, le Monde, consi­déré comme LE journal de réfé­rence en France, s’est lancé dans une entre­prise de restau­ra­tion de l’ordre ancien, avec le Decodex, qui prétend trier, pour l’internaute, les sites “louches” et les sites “comme il faut”… Une entre­prise aussi vaine que déri­soire.

22 février 2017
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