Document « Dans les coulisses » pour la bande dessinée pour les Forts de l’Esseillon

Ce document “Dans les coulisses” présente, à l’attention du commanditaire, les mécanismes et les différentes “ficelles” utilisés dans le scénario.

On verra ainsi qu’aucun choix scénaristique n’est le fruit du hasard, mais remplit effectivement un rôle dans la construction générale.

 

Les ressorts dramatiques

Le Trésor de l’Esseillon utilise des ressorts dramatiques éprouvés :

• la quête. Le personnage principal recherche quelque chose, ce qui permet au lecteur de s’identifier au personnage et crée une montée dramatique. Ici, un trésor.

• la faille du personnage principal. Cette faille permet d’introduire une progression psychologique du personnage au fil du récit. Ici, le vertige.

• l’intrigue amoureuse. Même légère, elle permet elle aussi de créer une montée dramatique.

• le méchant. Il permet d’introduire de la confrontation et participe à la montée dramatique. Ici, l’effet est accentué par le fait qu’il s’agit d’un “faux méchant” (Giovanni Drogo).

• le gentil. Il est l’adjuvant qui guide le personnage principal. Ici, l’effet dramatique est accentué par le fait qu’il est un “faux gentil” (Philémon).

• le rêve. Il permet, avec un effet comique, de caractériser visuellement ce que désire le personnage. Ici : trouver le trésor et conquérir Caroline.

• les éléments de langage récurrents. Ils permettent de caractériser très rapidement les personnages et d’introduire des effets comiques. Ici, “mes enfants”, de Philémon, et “c’est pas faux”, de Florian.

• le retournement de situation / le dénouement. Le retournement de situation / dénouement, outre qu’il constitue le climax dramatique, permet d’inverser toute la lecture, de relire l’histoire à la lumière de cette révélation et augmente ainsi le plaisir de lecture.

• le récit et la montée dramatique se décomposent comme suit :

– les scènes d’exposition (planches 1 à 4)

– l’élément perturbateur avec la découverte de la carte et la recherche d’un adjuvant (planches 5 à 9)

– les apports documentaires (planches 9 à 21)

– le rebondissement avec la maison cambriolée (planches 22 à 23)

– le 1er pic dramatique avec l’apparition de l’homme mystérieux (planches 24 à 25)

– le 2e pic dramatique avec la chute en haut de la via ferrata (planches 26 à 28)

– le 3e pic dramatique avec la découverte de la pièce secrète et le retour de l’homme mystérieux (planches 29 à 33)

– le climax dramatique final avec le retournement de situation et la résolution de l’intrigue (planches 34 à 36).

 

Les choix historiques et visuels

• On a choisi, plutôt qu’un exposé par une voix off, d’apporter toutes les informations historiques par le biais de personnages incarnés – qui sont par ailleurs des personnages historiques réels – qui vivent, à l’intérieur du récit général, une petite histoire.

• Ainsi, les étapes de création-construction des forts et la période sarde sont exposées par Cavour jeune, qui fait visiter les forts et leurs différents aspects à l’occasion de l’inauguration des lieux par le roi de Piémont-Sardaigne. Le personnage de la marquise permet de créer l’historiette de ce flashback historique : la visite mène vers la chambrée de Cavour, qu’on sait grand séducteur.

• Le choix du lieutenant Delambre au détriment des autres espions connus de l’Esseillon (Beaulieu, Gallice, de Courtigis, etc.) permet d’évoquer, en une seule séquence, la période sarde, le contexte historique du rattachement de la Savoie, les campagnes d’Italie, le réemploi, le cimetière sarde, le hameau de l’Esseillon.

• On a choisi d’introduire la figure de Léon Martin principalement afin de soutenir l’intrigue (l’existence supposée d’un passage secret), mais il permet tout de même d’évoquer “utilitairement” la fonction pénitentiaire de l’Esseillon sous l’occupation italienne.

• La période d’abandon des forts est évoquée directement par la vie du personnage de Philémon. On a choisi de fixer ces images dans une période hivernale afin de visualiser les forts sous la neige (les autres flashbaks historiques se déroulaient tous durant des saisons clémentes) et d’accentuer la sensation de délaissement et d’agonie.

• Le choix de créer des personnages bénévoles d’une association permet d’évoquer la résurrection des forts grâce à l’association Rempart.

• Le choix d’utiliser la via ferrata comme voie de fuite des personnages permet (outre l’effet dramatique) de visualiser par de belles images ce point fort de l’attraction touristique de l’Esseillon.

• Le choix de révéler cette “réserve de vin” permet, avec un effet final cocasse, de respecter la réalité des forts : il n’y a effectivement pas de tunnel à l’Esseillon.

 

Les clins d’œil internes, les clins d’œil externes, les indices

Les “clins d’œil” sont des signaux plus ou moins discrets adressés aux lecteurs, qui permettent, à ceux qui le souhaitent, d’augmenter le plaisir de lecture.

Les “clins d’œil internes” sont des allusions, des références ou des répétitions faisant écho à des éléments de la bande dessinée elle-même :

• planche 4, l’actuelle maison de Caroline est reconnaissable comme étant le bistrot de la planche 15 en 1859.

• planche 7, scène de baiser “manqué” durant le rêve de Florian : on retrouve une scène similaire, en écho, planches 25 et 31.

• planche 11, lorsque Cavour présente le canon à la marquise, la vue sur la redoute est la même qu’on retrouvera lors de l’arrivée par la via ferrata de Florian et Caroline planche 28.

• planche 11, l’un des jeunes artilleurs est celui que l’on retrouvera en 1859, dans le bistrot avec Delambre et se vantant d’avoir connu Cavour planche 15.

• planche 29, le graffiti marquant la “pièce secrète” est visible incidemment planche 12.

• planche 12, la mention de la réserve de vin lors de la visite de Cavour semble anodine, elle fait en réalité écho aux événements futurs.

• planche 15, la carte que le soldat sarde dessine sur la table du bistrot est celle qui sera trouvée dans le coffre du grenier de Caroline.

Les “clins d’œil externes” font référence à des éléments réels ou historiques qui ne sont pas explicitement exposés dans la bande dessinée. Ces “clins d’œil” permettent notamment de créer une certaine connivence avec les connaisseurs du lieu ou les lecteurs très attentifs :

• planche 4, l’aïeul de Caroline dont il est fait mention comme un portier de l’Esseillon vers 1890-1900 fait référence à un portier réel décoré de la Légion d’honneur.

• planche 13, la phrase de Cavour sur l’Italie qui n’est pas indigne de la liberté est une citation réelle.

• planche 14, Cavour se réjouissant que l’Italie ne soit plus une expression géographique fait référence à la fameuse citation de Metternich.

• planche 15, on peut voir, sur certains murs des bistrots du hameau de l’Esseillon l’inscription VIVA VERDI, en référence au slogan Viva Vittorio Emanuele Re D’Italia, acronyme de ralliement des partisans de l’unification italienne sous souveraineté du roi de Piémont-Sardaigne.

• planche 16, on peut voir, lors de l’échange entre Delambre et Saget, étalées sur la table, des cartes réelles conservées.

• planche 20, on peut entendre quelques paroles, dans les chambrées de l’Esseillon, chantées par les prisonniers, de la Marche de l’Esseillon, un chant réellement composé alors sur l’air d’Auprès de ma blonde.

• planche 21, lors des explorations de Philémon, on peut voir un troupeau de moutons guidé par un berger, en référence à l’utilisation réelle des forts comme bergerie à cette époque.

• on a choisi le prénom de Philémon pour l’historien car, outre qu’il évoque par sa rareté et sa sonorité une certaine excentricité, il signifie “l’amical”, “l’affectueux”, tranchant ainsi avec la réalité du personnage.

• on a choisi de nommer le chef de chantier, un adulte qui semble attaché aux forts et encadrant les jeunes bénévoles, Giovanni Drogo, en référence et hommage au film Le Désert des Tartares, tiré du livre de Dino Buzzati, souvent cité à propos des forts de l’Esseillon.

Les indices sont des allusions qui permettent de lire l’histoire “à rebours” une fois l’ensemble de l’intrigue dévoilée dans les planches finales. Elles permettent aux lecteurs de s’assurer rétrospectivement de la cohérence générale :

• planche 9, lorsque Florian et Caroline font route, à vélo, vers le hameau, on peut voir, en arrière-plan, la deux-chevaux de Philémon qui les double afin d’aller cambrioler la maison en leur absence.

• planche 21, on peut voir, sur une image en plongée de Florian et Caroline escaladant la via ferrata, la deux-chevaux garée en contrebas.

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